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L'ouverture est à midi, mais je partirai tôt
pour inspecter le marais et trouver les zones chassables en ce début
de mois d'août. Pas besoin de réveil ! A 7 heures et demi
, je suis déjà prêt. Alors sans attendre, je prends
la route, direction La Baie de Seine. 190 kilomètres d'autoroute,
pour visualiser en pensées chaque zone de la Baie, et essayer de
me remémorer ses différents gabions en début de saison
les années précédentes. Etaient ils en eau ? Y avait
il des bécassines ? Et si je n'en trouve pas là ... Vu la
diversité du territoire, avant d'avoir fait le tour de toutes mes
expériences cumulées depuis sept ans que je fréquente
cet immense marais, je suis déjà à pied d'oeuvre.
Le soleil encore rasant illumine le marais et le ciel se reflete dans
les mares, les "blancs" des gabions, qui jalonnent le bord de Seine. Je
sais par l'agenda du sauvaginier que le coefficient de marée est
très moyen et nous sommes à mi-marée. Les limicoles
pourront donc rester sur les vasières que je vois au milieu du
fleuve. Je me repais de ce panorama magnifique du haut du pont de Normandie.
Quel bonheur de me retrouver ici! Par les fenètres grandes ouvertes
de la voiture la brise de l'estuaire me caresse me communiquant une grisante
sensation de liberté ...Je suis HEUREUX !
Je descends sur la route du Hode, prends la tangente pour visiter les
premiers gabions sur la gauche. Ouf! Il y a de l'eau dans la première
mare, mais les roseaux sont si hauts que je ne retrouve pas mes marques
et je rate les entrées. Je me gare, et très excité,
chausse mes bottes. Je me couvre de crème anti-moustique, puis
de spray, je ne tiens pas à partir en vacances avec un oedème
sur tout le visage.
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J'équipe mon chien de son collier de rappel
et décide de longer à pied le bord du premier "blanc",
pour voir si je lève quelquechose. Quelques chevaliers et deux aigrettes
s'envolent avec élégance à mon approche. Un butor s'enfuie
lourdement devant mon chien, mais de bécassines.. point.
Le gabion d'à côté est généralement excellent.
Je le rejoins difficilement parce que les passage ne sont plus ou pas encore
visibles, tant la végétation est luxuriante.
Argh ! Le "blanc" est très plein.
Trop ? ..mais surtout il n'a pas été fauché. Se peut
il qu'il y ait des oiselles sur la platière avec une telle végétation?
Je fais le grand tour, mon chien travaillant devant moi, battant à
droite puis à gauche.. mais en vain!
Je reviens à la voiture assez décu et en grimpant sur le
toit, j'inspecte le "gabion des maïs". De mon piédestal,
je vois bien qu'il est désespérément sec ! Je reprends
le volant et emprunte le chemin de sable jusqu'à une nouvelle entrée
de gabion à 800 mètres de là. A peine, entré
dans le champ, j'aperçois une voiture au milieu de la plaine et
deux quidams qui déambulent autour: paysans ? gabioneurs ou bécassiniers
? je ne peux pas le savoir à l'oeil nu.. un coup de tout-terrain
pour me rapprocher de la mare la plus proche me permet de constater que
celle-ci est totalement sêche... mais d'ici, je peux voir que le
grand gabion du milieu est en eau. Je le note, c'est un endroit excellent
même si ses abords ne sont jamais fauchés.. Vite je file
deux champs plus loin.. mais c'est pour constater que tout ce côté
de la plaine est un désert aride. Les foins sont fauchés,
ce sera déjà ça lorsque l'eau rentrera lors d'une
grande marée.
A savoir pour la rentrée.
L'Enfer
c'est les autres
Resortant de mes champs par mon petit chemin de sable, , je vois au premier
détour de la route une voiture sortir d'un des prés que
je viens d'inspecter. Elle roule devant moi dans un nuage de poussière.
Trois virages plus loin, quand un bref instant le chemin arrête
de tortiller, j'aperçois deux nouvelles voitures en maraude devant
celle qui me précède. Je peste et commence à m'inquietter.
Arrivé à la voie ferrée, ce sont deux 4X4 qui sont
arrêtées avec un essaim de chasseurs et de chiens qui semblent
déjà prêts à envahir la place. Je suis effaré.
Ce marais que je connais si désert l'hiver, semble être un
foiarail un jour de marché. Je débouche sur la route de
la digue du Hode..
HORREUR!!!! Sur toute la longueur de la route aussi loin que porte mon
regard, il y a des voitures garées avec des chasseurs qui s'équipent.
Spectacle affligeant qui me rappelle une ouverture de sinistre mémoire
dans les plaines du Médoc, où les nemrods du cru étaient
alignés tous les 10 mètres pour ratisser les plaines.
Je fuis à l'autre bout de la place, vers l'embarcadère qui
va me permettre de prendre le chemin de halage de bord de Seine qui devrait
se révéler praticable en cette saison. Malheur !! Le premier
gabion est occupé par 5 personnes venues en deux voitures. Le second
n'est pas occupé mais est au deux tiers vide d'eau, le troisième
n'est pas fauché .. AH ! ENFIN ! Le quatrième semble parfait
et son chemin d'accès parfaitement innondé est toujours
très prisé de mes chères oiselles. Chouette ! Par
curiosité, je vais au suivant, mais là c'est la cata...
4 voitures et10 personnes qui me regardent comme un intrus.. Je fais rapidement
demi-tour et vais me garer juste au-delà de l'entrée précédente,
pour bien marquer mon territoire.
" Qu'on se le dise, celui-là, je me le réserve".
Le pire n'est jamais sûr
Une heure à attendre avant l'heure officielle de l'ouverture. Bon
Dieu que c'est long! Je grignote mes rares sandwiches pour passer le temps
mais en moins de cinq minutes, mon sac est vide. Je grille une cigarette
avant de me poster sur le toit de la voiture pour "voir voler"
sur la mer de roseaux.
" Tiens!! un vol de 8 bécassines."
Une nouvelle cigarette. Je redescend de mon perchoir pour écouter
un peu la radio. L'aiguille des minutes se traine interminablement. Je
grignote mes barres vitaminées, ultimes réserves prévues
pour la fin d'apres-midi. Tant pis!
Evidemment je suis en tenue 20 minutes avant l'heure, le fusil monté,
vérrifié plutôt dix fois qu'une, posé sur le
capot.
Plus que CINQ minutes !
En me retournant, je vois un piéton marchant gaillardement sur
mes brisées et s'aprêtant à pénétrer
sur le chemin que je garde depuis une heure.
L'intrus est en tenue de camouflage, genre Rambo au Pays des Zoulous...
fusil automatique en bandouillère canon vers le sol,(genre retour
de patrouille dans la jungle), son clébard folattrant à
30 m devant lui, dans ce chemin innondé qui doit être un
paradis pour bécassines. "Ce foutu kleps va tout faire voler!!"
_"Vous n'allez pas gabionner ici ?" lui demandais je effondré autant
qu'ulcéré.
_ "Si, je suis le propriètaire" me dit il sans même ralentir
le pas.
Mon univers s'écroule. Vite je remonte en voiture et fonce jusqu'au
gabion précédent. Personne. Déjà la plaine
de roseaux retentit de sonores coups de fusil. Je descend de voiture,
lâche mon chien et nous entamons le tour de ce gabion sans grand
espoir, tant il est envahi de roseaux. Rien! Enfin si ... un moineau m'a
surpris en s'envolant au nez de mon chien. Mon fusil est monté
de lui même à l'épaule et la crosse m'a violemment
heurté la joue. J'identifie l'oiseau et désarme mon bras
en me frottant la joue endolorie.
Je reviens à la voiture, et à toute allure, fonce vers le
gabion d'avant, celui qui était aux trois quart sec. Je m'approche
des flaques que cachent des rangées de roseaux. Mon labrador semble
l'arrêt, mais je ne lui fais pas confiance en ce début
de saison. J'avance au pas de charge.
Un puis deux éclairs blancs.
Deux bécassines s'envolent du coin des roseaux à 10 mètres.
J'épaule et défouraille. Pan!! et pan dans le tas !
Un vrai gamin le jour de sa première ouverture. Elles étaient
inratables... sûrement !??? Sauf qu'elles ont tourné derrière
les roseaux un dixième de seconde trop tôt. J'étais
trop haut ou peut être trop bas ? Je suis furax. Pendant ce temps,
cela pétarade sur toute la plaine. Pas la guerre ... non, mais
chaque détonation me fait mal. Je reprends mon tour de gabion.
De très loin deux puis trois bécassines s'envolent, que
je ne salue mme pas tant la distance est grande.
Ayant fini mon tour, je me retrouve nez à nez avec un autre bécassinier.
A quoi bon ? Bon Prince, je lui indique le gabion où mes oiselles
se sont réfugiées et lui cède la place.
Une once de plaisir
Reprenant la voiture, je quitte l'appontement et prend la digue vers l'écluse
de Tancarville. Le premier gabion en bordure du chemin semble parfait,
mare pleine et bordure fauchée... mais hélas, en m'arrêtant,
je vois qu'un chasseur m'a précédé et achève
d'en faire le tour avec son pointer. Idem, au gabion suivant. Quelques
centaines de mètres plus loin, un renfoncement sur la gauche permet
de se garer et de faire à pied les 3 gabions de la balise jaune.
Hélas,trois fois hélas!! quatre voitures occupent déjà
la place. Je continue mon chemin de croix totalement désabusé,
et avale sans ralentir un nouveau kilomètre, pour ne m'arrêter
qu'à la balise rouge. Pas de voiture alentours. Miracle!!. Enfilant
le sentier menant à ce gabion mythique où la chance m'a
si souvent souri, je découvre un paysage inconnu. Le blanc déborde
très largement sur des platières qui n'ont pas encore été
fauchées. Le propriétaire, très créatif, change
ses platières chaque saison, poussant la passion jusqu'à
passer la charrue sur certaines d'entre elles. Mais là ?? rien!!!
La jachère.. la jungle! J'explore son territoire encore vierge
et qui même ainsi semble propice à accueillir des bécassines.
Un mouvement dans le ciel ?.. je lève la tête pour voir une
bécassine qui fuit sur ma droite, venant de derrière. J'épaule
mais sans conviction,
"elle est trop loin.. ne tire pas! tu vas la perdre!". Me tance
ma conscience.
Je tire une cartouche mais sans la volonté
nécessaire. L'oiseau continue son chemin, je ne le double même
pas.. mais le regrette aussitôt. Finalement, elle n'était
pas si loin. Peut être ? Mon labrador, très excité
par le coup de fusil, est revenu en arrière... et travaille la
platière de droite que nous avons délaissée. Arrêt
! Je suis prêt. Mais déjà, il avance très excité
et me regardant me montre l'endroit d'où la bécassine s'est
envolée. Alors oui ! Elle était à portée !
Elle a du me survoler à 8 ou 10 mètres seulement... Il serait
temps que je reprenne mes cotes ! J'explore deux nouveaux gabions, jouissant
du bonheur enfantin de patauger dans les mares. Le soleil est radieux
et mon coeur aussi. Je me sens libre et léger. "Porte-Plume" traque
devant moi et ne semble même pas regretter de n'avoir rien à
se mettre sous le nez. Même les moustiques semblent ailleurs. Quelques
détonations en amont ou en aval trouent le silence de temps à
autres.. je verrais encore de très loin deux bécassines
fuyant à tire d'aile à l'approche d'un autre chasseur. Elles
traversent la Seine vers le Calvados voisin. Rien d'autre.
Revenant vers la voiture, je vois qu'il fait 28° à l'ombre
et qu'il est deux heures à la pendule du tableau de bord. Cette
première sortie m'a donné tout ce qu'elle pouvait m'apporter:
Un avant-gout des joies de la rentrée et l'apaisement nécessaire
des regrets que j'aurais eus si je n'étais pas venu. Comme le dit
le dicton, en amour, le meilleur est souvent de monter l'escalier... Mais
là, outre mes allers-retours dans l'escalier de la cave, ma jubilation
intèrieure pendant les préparatifs de cette première
sortie et mes rêves sur la route, j'ai vu un peu "voler",
senti le vent du large, respiré le marais ... Vivement les grandes
marées de septembre et l'attente fébrile des premiers vent
d'est. Allez ! Prenons notre mal en patience ! Il n'y a plus que 3 semaines
de vacances à tirer.
Cyrille
Jubert Aout 2004
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