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Billebaude

Attention Belle lectrice,

c'est, peut être, un peu chaud !

 

Une pluie froide frappe aux carreaux, cinglant les fenêtres dans les bourrasques. Le nez contre la vitre, dans le soir qui tombe, elle regarde les nuages bas s'effilocher dans le vent et les arbres se tordre de douleur sous les coups de fouet de la bise. Rien qu'à les voir, elle se sent transie jusqu'aux os. Elle est seule, ce soir. Seule avec une pointe de cafard. Le spleen du crépuscule, sans doute. Ce temps horrible n'arrange rien. Pour oublier le monde extérieur et mieux s'enfermer dans son cocon douillet, elle tire les lourds rideaux de Damas. Dans la pénombre de la pièce, la lampe chinoise donne une lumière chaude et l'abat-jour dessine un halo plus clair sur la moquette profonde où ses pieds nus s'enfoncent.

Elle s'agenouille devant l'âtre, sa jupe ample faisant comme une corolle autour d'elle. Dans son chemisier blanc, les chevilles repliées sous elle, elle est comme une vestale devant la cheminée. Elle gratte une allumette et l'approche du papier roulé en boule sous les bûches. La flamme jaune vacille, soufflée par le vent qui refoule dans la cheminée, hésite, bleuit, lèche le journal froissé qui noircit longuement avant de s'enflammer enfin.

Des langues de feu montent dans le fagot de sarments, en lèchent lentement les brindilles, qui se réchauffent doucement en fumant d'aise, puis se tordent langoureusement sous la caresse, rougissant de plaisir, avant de s'embrase dans un souffle, une profonde vibration qui emplit la pièce d'un feulement sensuel comme un premier orgasme. Elle est fascinée par cette flamme qui monte, comme aspirée dans le gouffre noir de l'âtre, qui reflue un instant, avant de s'élever à nouveau, dans un vrombissement plus rauque.. flamme qui retombe dans un hoquet avant de s'embraser plus haut encore dans un éblouissement d'escarbilles dorées.

Languide, elle se laisse envahir par ce rayonnement voluptueux, qui nimbe son corps de bien-être.. elle se laisse troubler par cette respiration courte, ce halètement de la flamme. Elle ne quitte plus des yeux cette langue de feu, qui ramone sans fin le gouffre profond de la cheminée et en lèche les parois. Elle se laisse emporter, fasciner par cette danse langoureuse, hypnotiser par la braise, qui rougeoie sourdement.

Sa jupe remontée à mi-cuisse, ses genoux s'écartent un peu plus et elle se laisse aller sous les ondes de chaleur, qui baignent son corps de subtiles et enveloppantes caresses. Son ventre s'offre... elle n'est que bonheur, langueur et volupté.. Elle fond.. son corps se tord et se tend, frissonne et vibre. Flux et reflux. Retour de flammes. Elle se laisse noyer, envahir, déborder.. et quand, dans un bruit sourd et un jaillissement d'étincelles, les bûches s'effondrent dans l'âtre, elle explose à son tour dans un feu d'artifice doré.

Un sourire aux lèvres, la main entre les cuisses, elle s'endort enfin devant la cheminée.

Max de Talent

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