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"Plume" en B.D.
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L'introuvable Bécasse

Chasse à la bécasse hier près de Châteaubriant. A priori, cela semblait complètement fou d'aller se jeter dans la terrible tempête qui ravageait l'ouest. D'autant plus que je sais d'expérience qu'une dépression atmosphérique fait fuir les oiseaux devant la tempête. Au moment du départ de Paris, vers 5 h du matin, nos maisons respectives étaient durement secouées par les vents violents. Mais la route fut relativement calme. Arrivés a Angers, la Maine avait tout inondé dans la nuit et deux fronts, matérialisés par des lignes noires de nuages terriblement tourmentés, nous promettaient une journée terriblement mouillée. Arrivés en forêt sous une brève averse, nous nous sommes équipés pour la pluie. Mais heureusement, à par cette petite ondée, nous avons eu toute la journée Grand Beau Temps, avec juste assez d'un petit zéphyr du nord est pour que les chiens travaillent correctement.

Pendant une heure, il ne se passera rien. Aucune voie en bordure, si ce n'est de chevreuils ou de lièvres. En redescendant la dernière bordure, je n'y croyais plus. Soudain sur ma droite, une ombre glisse vers l'intèrieur du sous-bois, me réveillant brutalement de mon découragement. Le temps de réaliser et de réagir, elle a mis 3 troncs de pins entre elle et moi. Je ne la tire qu'a 35 m sans grand espoir, mais note la direction qu'elle prend pour essayer de la relever plus tard, recharge. A peine, ai je fait deux pas que "Frrrrrrr", la seconde décolle, partant sur ma gauche au dessus de la plantation de jeunes pins d'environ 3 m de haut. Je tire et elle bascule cul par dessus tête. Plume, mon labrador, qui galopait

 

cherchant la première bécasse, revient à mon coup de fusil, se met a l'arrêt de la place chaude, d'où les bécasses ont jailli. "Jamais deux sans trois" me dis je, plein d'espoir... Je me prépare a tirer. Il rentre dans le buisson de brandes... mais rien. Il n'y avait pas de troisième bécasse. Je l'entraîne alors vers la plantation de pins pour chercher la bécasse que je viens de tuer. Entre les pins, les bruyères sont immenses et montent a 1,30 mètre très denses. Il est très difficile d'avancer, plus encore d'y chercher un oiseau. Très vite, on perd ses repères. Je pense avoir été droit au point de chute... mais Plume n'y trouve rien. La plupart du temps, je ne le vois pas, je l'entends a peine. Au bout de 10 minutes, je mets un kleenex sur un des jeunes pins pour marquer l'endroit que je pense être le centre de la recherche, mais cela fait déjà 10 mn que je tourne en rond. Jacques arrive avec ses deux chiens pour m'aider... et on cherche un quart d'heure de plus. Lui, n'arrêtant pas de répéter que les bécasses font des ruses incroyables, nous faisant croire qu'elles sont mortes en se laissant tomber au coup de fusil, mais repartant dès qu'elles sont hors de vue.. Finalement fumasse, parce que je sais comment ma besace a été poussée et retournée par le choc des plombs, et ça, elle ne pouvait pas le simuler, j'abandonne la recherche, bien décidé a revenir dans la journée. Je suis sur que je la trouverai. En effet, une bécasse blessée peut retenir son sentiment et les chiens peuvent passer 20 fois sur elle sans la sentir, ni percevoir sa présence. En revenant plus tard, elle se sera détendue et aura laissée son empreinte odorante autour d'elle, que les chiens pourront alors trouver.

Nous repartons, pour finir les 200 m de bordures que je n'ai pas faites et j'explique à Jacques ce qui s'est passé avec mes deux bécasses. Je lui montre l'endroit, où je pense que la première mordorée s'est remisée. Tout en parlant, j'aperçois du coin de oeil une ombre qui fuit devant nous. La bécasse est déjà à une quinzaine de mètres de haut, 35 m devant nous. Je la salue d'un coup de fusil en catastrophe, mais elle est déjà trop loin dans les têtes de pins. Je la suis de l'oeil quand elle traverse la route. Il est probable que nous la retrouverons plus tard, sur le chemin du retour. Occupons nous d'abord de la première, qui s'est reposée dans la tranche de forêt, que nous avons battue il y a une heure. Les fougères sont très denses sous ces vieux pins. Nous devons battre 300 m de large, en étant tout particulièrement attentifs aux bordures. Soudain, j'entends un coup de fusil. Le jeune chien de Jacques, qui a tout juste 5 mois, a relevé la bécasse par hasard. Jacques l'a ratée et elle est repartie à l'endroit où je l'ai levée tout ˆ l'heure. On finit nos 700 m de bordure avant de redescendre la tranche de forêt suivante. Cet endroit est très difficile a chasser, tant pour les chiens que pour nous, car la tempête de 99 a renversé de très nombreux grands pins, qui sont toujours enchevêtres en tous sens. Nouveau coup de fusil de Jacques, qui rate encore. La bécasse est de nouveau partie en arrière. 4 fois Jacques va la rater à l'envol et nous allons battre et rebattre ces deux tranches de forêt en la poursuivant. Enfin, le vieux Pointer l'arrête, permettant à Jacques de la tirer dans de bonnes conditions. Nous allons maintenant essayer de relever la 3ieme bécasse, celle qui a traversé la route tout à l'heure. Jacques la relève très vite, à l'arrêt de son chien, mais sans pouvoir la tirer. Il pense l'avoir vue se poser dans un clair... ce que j'appelle une coupe. Nous allons la battre dans un sens puis dans l'autre, mais en vain. Quand Jacques a crie "bécasse", j'ai vu l'ombre d'un oiseau très nette sur le tronc du pin le plus près de moi. Je n'ai pas vu l'oiseau certes, mais j'ai une certitude, ... Etant donne la position du soleil, si l'ombre de la bécasse était sur ce tronc, la bécasse a retraversé la route. Comme on a d'abord suivi sa conviction en vain, il embraye sur la mienne. Les chiens vont me donner raison. Ils retrouvent la place chaude où la bécasse s'est posée, mais vide. Elle a du se renvoler au bruit, lorsque nous nous sommes approchés. Comme nous ne sommes qu'a 100 m de l'endroit ou j'ai perdu ma bécasse, nous retournons la chercher pendant un quart d'heure de plus... en vain. Je suis assez démoralisé et de fort méchante humeur. Nous continuons néanmoins notre traque pendant une heure sans rien voir en revenant vers la voiture pour partir déjeuner.

Après le déjeuner, parce que je suis têtu et que je ne laisse pas de gibier mort derrière moi, et surtout pas une mordorée, je suis revenu chercher ma bécasse. Pour mettre toutes les chances de mon coté, j'ai décidé de chercher volontairement 20 mètres sous le vent de mon petit mouchoir blanc, toujours accroché à un pin. Bien m'en a pris. Plume a tout de suite pris le vent, truffe en l'air et fouet frétillant, et est revenu avec ma bécasse morte en travers de sa gueule. Les deux ailes et les deux pattes brisées, elle était en plein centre de ma gerbe et aucun doute possible, elle était bien tombée morte, retournée par mon coup de fusil. J'avais retrouvé d'un coup, toute ma bonne humeur et mon énergie.

Quand on appelle un chien sous bois, il faut que le nom claque, l'idéal c'est un nom d'une seule syllabe. C'est pourquoi j'appelle mon retriever "Plume", mais, pour l'état civil son vrai nom est " Porte-plume", le bien nommé.

Cyrille Jubert Octobre 2002

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