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Bécassines à
la Billebaude
Lever à l'aube. Six heures
sonnent à peine au clocher.
A 8 heures et demie, j'étais en bord
de Seine.
Un très léger brouillard effiloché
par le vent,
Vent d'est porteur d'espérance pour
le sauvaginier
une belle nuée moutonnière
toute rosie au soleil de l'aurore
Pas une voiture en vue, là où
j'attendais au moins les huttiers de la nuit.
Mais toutes ces conditions ne font pas le
Pactole ...
Ces demoiselles n'étaient pas dans
les platières à l'abord visitées.
L'une d'elles m'a bien survolé au
dessus d'une mer de roseaux.
Je n'ai pas voulu tirer et risquer de la perdre.
La première bécassine
s'est longtemps fait attendre.
Elle s'est envolée du cinquième
gabion visité et sa course s'y est à jamais arrêtée.
Le marais néanmoins me semblait bien vide...
Avec les grandes marées, je pensais
trouver tout dangereusement inondé...
mais non, les mares étaient à
leur étiage et le chemin de halage n'était humide que de
rosée....
La deuxième oiselle s'est tant faite
priée, que je ne l'ai même pas saluée..
pourtant, sans rancune, elle m'a envoyé
un baiser en s'enfuyant d'entre mes pieds.
Chaque espoir qui s'envole vous coupe
un peu les ailes
et très vite, vos pieds n'en peuvent
mais de marcher.
Remontant en voiture après
un long périple,
j'allais tenter ma chance en amont dans un
petit coin, dont j'ai le secret.
Mes belles oiselles y avaient jusqu'alors toujours
été fidèles à nos rendez-vous.
Peine perdue, la place était vide.
Les Chevaliers du Graal, croisés sur
mon chemin,
avaient, comme Don Quichotte, une bien triste figure.
Je décidais alors de partir
en aval, à l'autre bout du "pays"...
un petit paradis, que je me suis trouvé
au hasard de quelque quête .
Le soleil faisait fumer les prairies aux herbes
étincelantes de rosée.
Mon chien gambadait laissant des traces plus
vertes dans les prés comme givrés
Quand le premier fumet lui est venu au nez,
queue tendue, truffe en émoi,
Il n'a pas eu besoin de me le dire, Il fallait que
je me tienne prêt.
La sourde avait piété et rusait devant
"Plume".
Mais, truffe au sol, dans un petit galop
ramassé sur lui même, il dénouait l'écheveau.
Jusqu'à ce qu'un éclair blanc
fuse soudain vers le ciel...
Ce fut la fête... tous les deux,
travaillant carré par carré,
platière par platière, nous avons
fait voler et voler encore...
... et j'ai, à vrai dire, assez mal
tiré...
Néanmoins, à 3 heures, ayant atteint
le tableau maximum autorisé
rassasié de visions magnifiques,
repu des plaisirs de la quête et des joies
de l'envol,
mort de fatigue, de soif et de faim,
j'ai déposé les armes.
Et dans la prairie déserte,
presque nu ,
bras étendu comme un cormoran sur son rocher,
je me suis fait sécher au soleil d'automne,
avant de repartir vers d'autres cieux,
reprendre mes pinceaux et peindre d'autres
tableaux.
Cyrille Jubert
Octobre 2002
Membre du
Club International
des Chasseurs de Bécassines
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