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"Plume" en B.D.
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Premières Bécasses de l'automne

7 novembre 2002. Réveil à 5 heures à Saint Cloud pour être à Châteaubriant vers 9 heures. Le vent est NNO et la température assez fraîche. Tout annonce une bonne journée de chasse, quand nous nous arrêtons au milieu de la forêt, au carrefour des deux routes. Les grands pins semblent mauves dans la lumière du matin et les fougères rousses encore dans l'ombre offrent un contraste magnifique.

Arrivés en bordure de la première grande coupe, nous nous séparons. Jacques la contourne par la droite avec ses deux pointers, tandis que je prends par la gauche avec Porte-Plume, mon jeune labrador. 7 ou 800 mètres plus loin, nous nous retrouvons au coin opposé de la coupe, sans avoir rencontré la moindre voie de la nuit. Nous croisons nos routes après quelques mots, et nous abordons la coupe suivante. Rien dans la petite largeur. Juste un lièvre que Plume sort du gîte. J'aborde la grande longueur en faisant travailler mon chien en bordure des sous-bois, mais aussi en profondeur dans l'océan de fougères. A peine avons nous avancé de 100 m, que Plume empaume une voie. Une voie de bécasse, sans le moindre doute, car il garde la truffe collée au sol, très concentré et son fouet s'agite à un rythme soutenu. Très vite, je le perds de vue dans les fougères qui dépassent les deux mètres de haut. Je reste en lisière, tendu, prêt à tout.

Soudain à une douzaine de mètres, la bécasse a jailli des fougères. Elle me charge et semble devoir passer entre mes deux yeux. En fait, elle ne me voit qu'en arrivant en lisière, au moment où elle passe à moins d'un mètre de moi. Nous sommes les yeux dans les yeux. Fusil bas, émerveillé par la magie du moment, j'enregistre tout. Un instant, elle a tourné son bec vers moi, pour mieux me dévisager, avant de reprendre sa course vers le soleil bas qui m'éblouit. Mes pieds restent coincés dans la végétation dense de ce début d'automne, pendant que mon buste suit le vol de la belle mordorée. Quand enfin je la tire, à 20 m derrière moi, je suis en totale torsion, le fusil presque à 180° de l'axe de mes pieds. Je la rate ou du moins je ne la foudroie pas dans son vol. Pourtant, je la vois planer et se poser presque tout de suite sous les grands pins de la petite largeur que je viens de battre.

Peut être a t'elle pris un plomb ? J'y cours, Plume sur les talons, qui frétille de joie et des yeux me raconte tout le plaisir de sa quête et de l'envol. Arrivé, là où je l'ai perdu de vue, je me remets au pas et me concentre. La bécasse peut être n'importe où et s'envoler en un éclair entre deux troncs de pins. Plume, truffe en l'air, perçoit la bécasse qui a survolé toute la zone, mais il n'arrive pas à trouver de voie au sol. Il balaye le sous-bois, de droite à gauche, puis de gauche à droite, dans un petit galop, ramassé sur lui même, attentif à tout. Jusqu'à ce qu'il trouve la voie. Truffe collé au sol, il la suit, démêle les ruses. Elle a piété. Soudain, à une douzaine de mètres, au travers d'arbrisseaux encore en feuilles, je perçois une ombre qui s'envole. Mon fusil est monté de lui même à l'épaule et je la cueille dans sa fuite. Plume se précipite. Je me rapproche mais m'arrête à la place d'où elle s'est envolée. Plume travaille, très excité... trop ? Il ne la retrouve pas tout de suite. Une risée de zéphyr, il se fige enfin... il doit être juste sous le vent ... A l'arrêt, je le vois qui cherche la source du nez et des yeux à la fois. Il coule, remontant le vent, hésitant à droite ou à gauche... et ça y est, il la voit. A près s'être figé un instant, il bondit et la saisit dans sa gueule. Quand je m'approche, il se détourne, fait quelques pas en me tournant le dos, l'ai de dire : "c'est la mienne aussi, laisse moi en profiter" Enfin, il se retourne, s'assied sur son séant et me regardant droit dans les yeux, il me l'offre. Quel oiseau magnifique ! Elle semble énorme. D'autant que depuis le début de la saison, je n'ai chassé que des bécassines et que les dernières que j'ai eues en main, étaient les minuscules sourdes. Les plumes de ma bécasse sont souples, toutes gonflées d'air, jouant dans la brise, lui donnant encore plus de volume. A l'envol, elle m'avait semblé très brune, cette belle mordorée. Son ventre est blond pale strié de fines zébrures noires. Que d'émotion ! Je lui donne un baiser de paix sur le front pour son dernier voyage... une caresse à Plume qui partage pleinement ma joie ... et nous reprenons notre quête.

Quatre coupes plus loin, il nous faut bien constater que ce n'est pas aujourd'hui ce gros passage tant espéré. J'en discute avec Jacques qui bourre une pipe, alors que nous sommes sur le chemin de débardage qui longe la route de Châteaubriant, que l'on distingue entre les pins à 60 m. Cela fait bien 5 minutes que nous bavardons, lorsque je perçois un mouvement derrière Jacques dans le sous-bois. Une bécasse s'enfuit sans bruit, planant en laboureur, en direction de la route. Pendant que mon fusil monte à l'épaule, je perçois le bruit d'une voiture, qui arrive à vive allure sur la route. J'hésite, je ne suis plus dans le swing. Je laisse le bolide passer et vois la bécasse disparaître au-delà de la départementale, dans les houx qui la borde. Je vais essayer de la relever, tandis que Jacques tente sa chance dans le dernier carré de forêt au sud de la route. J'ai beau travailler le terrain méthodiquement avec Plume, nous ne trouvons pas sa remise. Ce n'est qu'à 500 m de là, dans la partie opposée de la coupe, que Plume me fait un arrêt d'anthologie. Devant lui, un tas de branches enchevêtrées, au pied de houx très denses. Il coule, s'arrête, semble la voir. Du coin de œil, il me situe, me demandant la permission d'y aller et brutalement charge. Un dixième de seconde, il me semble percevoir un mouvement de fuite. Mais lièvre ou bécasse ? Cela a été trop fugitif, pour pouvoir affirmer l'un ou l'autre. Un houx m'a caché la vue de ce côté là et nous ne tirons que la bécasse. Je finis le tour de coupe et reviens en zigzagant vers la route, où j'ai rendez vous avec Jacques. Je lui raconte ma rencontre avant que nous nous séparions, lui revenant au sud de la coupe, pendant que je la borde par le nord, le long de la route. Là, les houx sont très denses. "Flap-Flap!" J'entends un envol à moins de 10 mètres de moi, mais sans rien voir. Je me retrouve 100 m plus loin au coin de la coupe. Plume semble fou. Aucun doute possible, il m'explique que la bécasse s'est posée là, a piété sur 10 m et est repartie sans le bruit à notre approche. Je borde la coupe en vain et retrouve Jacques à l'autre bout. Ses chiens ont arrêté ma place chaude de tout à l'heure, mais rien d'autre. La coupe suivante est à moins de 100m, Jacques prend par le sud, moi par le nord. J'en ai presque fait le tour quand Plume commence à s'intéresser à une voie. Jacques m'appelle à 100m: "Arrêt ! viens vite" J'appelle Plume et sans l'attendre, je galope à travers les fougères. Mais le pointer a arrêté une place chaude. Tiens ? Plume n'est pas sur mes talons, pourtant, quand Jacques crie "arrêt !", il arrive toujours avant moi pour participer à l'action. Je reviens aussi vite que possible sur mes pas, là où je l'ai vu pour la dernière fois. Il remontait une voie, truffe au sol. Impossible de le trouver. Je m'enfonce dans les fougères, le cherchant des yeux et parcours ainsi 40 mètres en l'appelant. Et soudain, je la vois. Elle s'est levée sans bruit et semble fuir en planant. Mon fusil est monté tout seul à l'épaule, le coup est parti, arrêtant la belle dans sa fuite. Je me précipite et découvre Plume devant moi dans les fougères. Il l'avait arrêtée et attendait mon retour. Mon petit Plume n'a que 3 ans, mais il chassait déjà à 3 mois, avec un excellent professeur, mon vieux Drakkar. Il me rapporte ma bécasse, tout fier de son travail. Elle est très grosse. Je lui donne un baiser d'adieu et la couche dans ma poche de droite.

La journée est très avancée. Le temps de revenir à la voiture à travers bois, il est déjà l'heure de rentrer sur Paris. Jacques est un peu morose. La chance n'était pas avec lui aujourd'hui. La lumière décline rapidement pendant que nous nous changeons au bord de la route. Enfin prêt, je jette un dernier regard sur la forêt qui s'endort. Au dessus de la silhouette des pins, deux ombres glissent en silence et survolent la voiture. Serait ce le début du "passage de la Toussaint" ? Pour le savoir, il faudra attendre la semaine prochaine

Joies de l'automne !

Cyrille Jubert - 7 novembre 2002

Cyrille Jubert -19 Novembre 2002.

 

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